Affichage (Le tableau d') Le résultat des courses fut d’abord inscrit à la main, sur un tableau, probablement à la craie sur un morceau d’ardoise. Puis, on afficha les résultats sur des grands panneaux, visibles de plus loin ; un préposé à l’affichage montait sur l’estrade pour installer les plaques numérotées des gagnants et les rapports du mutuel. Vint ensuite la mécanisation du système, avec la construction d’une véritable tour d’affichage visible à cent mètres. Les plaques numérotées étaient hissées à l’intérieur de cette tour par un système de cordes et de poulies. Cette apparition des résultats, déshumanisée, lui conférait quelque chose de magique. C’est de cette époque que date l’expression "Montez-moi ça là-haut". Certains de leur affaire, espérant peut-être ainsi forcer le destin, les parieurs excités par la perspective de la victoire de leur favori, imploraient le préposé à l’affichage pour qu’il hisse le numéro de leur cheval en haut de la tour d’affichage… "comme si c’était fait". Longtemps après qu’on ait démoli ces tours, les turfistes ont continué, et certains, à l’avènement de l’informatique, de lancer cette sorte d’incantation dans les derniers instants de la course. Aujourd’hui que le résultat des courses ne s’affiche plus que sur des écrans tactiles, et que le préposé à l’affichage a laissé place à un logiciel chargeable sur sa téléphonie nomade, les vieux turfistes ont gardé l’habitude d’invoquer la Providence ; le bras tendu vers le sommet d’une tour d’affichage à jamais disparue, ils lancent cette espèce de cocorico prématuré : "Montez-moi ça là-haut, et qu’on en finisse !".
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