Eclipse « Le nom Eclipse personnifie une des phrases principales du turf anglais. Son nom a traversé les siècles comme une légende, comme celui du cheval le plus extraordinaire qui ait jamais existé. Non seulement il ne fut jamais battu, mais encore jamais il ne fut touché ni de l’éperon ni de la cravache. Nul ne possédait à un plus haut degré les trois qualités primordiales d’un cheval de course : atteindre, lutter et dépasser. A vrai dire, il n’a été guère possible de s’assurer au moins l’une de ces trois qualités, car Eclipse n’a jamais eu besoin de lutter, il a toujours gagné avec une si extrême facilité qu’il semblait courir seul. Eclipse est resté en possession de cette incontestable supériorité, et aucun cheval ne lui avait même été comparé jusqu’à l’apparition de Gladiateur qui démontra la même écrasante supériorité sur tous les chevaux de son époque. Aussi Gladiateur a-t-il reçu le surnom de l’Eclipse français. On a fréquemment établi un parallèle entre ces deux célèbres animaux, il est nécessairement impossible d’attribuer la supériorité à l’un ou à l’autre.
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Ce sont les deux chevaux les plus extraordinaires qui aient jamais existé ; ils personnifient l’un le turf ancien, l’autre le turf moderne. La tradition a fidèlement conservé l’histoire d’Eclipse dans ses moindres détails. Il est né le 5 avril 1764. Son nom lui vient du jour de sa naissance, qui fut marquée par l’éclipse de l’année 1764. Eclipse par Marske et Spiletta ; il est le premier produit de sa mère. Spiletta descendait de Godolphin, par Régulus, Marske de Darnley-Arabian par Barlett’s-Childers et Squirt. Eclipse était donc irréprochable sous le rapport de la naissance. A l’âge de deux ans, n’annonçant aucune qualité remarquable, il fut réformé de l’écurie du duc de Cumberland, chez qui il était né. Il fut acheté par un marchand de chevaux de Smithfield du nom de Wildman, au prix de cent guinées. Eclipse fut élevé aux environs d’Epsom. A l’âge de trois ans il avait acquis un développement remarquable, et il eût inspiré la plus grande confiance à son nouveau propriétaire, s’il n’eût, en même temps, révélé un caractère fantasque et capricieux, un des plus grands défauts que puisse avoir un cheval de course.
Pour triompher de cette résistance, Wildman s’adressa à un nommé Sullivan, directeur des écuries d’un capitaine O’Kelly, l’un des plus célèbres amateurs de courses de cette époque. Ce Sullivan passait pour être charmeur. Il consentit à entreprendre le dressage d’Eclipse, à la condition que Wildman céderait une part dans la propriété du cheval au capitaine O’Kelly, qui, grâce à cette transaction, devint propriétaire de la moitié d’Eclipse. Sullivan entreprit et mena à bonne fin le dressage.
Quand l’entraînement d’Eclipse fut terminé, et quelques jours avant sa première course, on voulut se rendre compte de sa qualité réelle, et on l’essaya contre un des meilleurs chevaux de l’époque. On commençait déjà à espionner les essais, et le propriétaire d’Eclipse avait pris toutes les précautions possibles pour tenir secrète l’épreuve qu’il voulait faire du mérite de son cheval. Il y réussit en partie. Cependant les espions désappointés rencontrèrent une vieille femme que le hasard avait mise sur le chemin des deux chevaux. On lui demanda des renseignements sur ce qu’elle avait vu. "J’ai vu, répondit-elle, un cheval à jambes blanches qui courait d’une manière monstrueuse, et, loin par derrière, un autre cheval qui cherchait à l’attraper ; mais jamais il n’y parviendra, quand bien même ils courraient jusqu’au bout du monde". Eclipse parut pour la première fois sur un hippodrome à l’âge de cinq ans, le 3 mai 1769. Il était monté par le jockey Whiting, et courait dans le prix des Nobles et des Gentlemen. Les couleurs sous lesquelles il courait étaient : casaque jaune, toque noire. Ses concurrents étaient Gower, appartenant à Fortescue, Chance à M. Castle, Social à M. Jennings, et Plume à M.Quick ; le premier âgé de cinq ans, les trois autres de six. On pariait quatre contre un contre Eclipse. La distance était de 4000 mètres en partie liée. Eclipse gagna avec une excessive facilité, et il gagna neuf courses avec la même supériorité en 1769.
L’année suivante, à la première journée de la réunion de Newmarket, Eclipse devait rencontrer, dans le prix du Roi, Bucephalus, qui n’avait pas encore été battu ; aussi les paris étaient-ils très animés et considérables. Eclipse le battit comme il avait fait de tous les autres chevaux contre lesquels il avait couru. Une supériorité aussi écrasante ne tarda pas exciter la haine et l’envie. On résolut de se débarrasser à tout prix d’un cheval que l’on ne pouvait battre.
Wildamn, effrayé de menaces qu’il entendait proférer contre son cheval, céda la propriété tout entière au capitaine O’Kelly pour la somme de 25 000 fr. Celui-ci, malgré cette position menaçante, fit encore courir Eclipse à Nottingham, à York, à Lincoln. Cette série non interrompue de succès surexcitèrent au plus haut point la haine et l’envie de tous les propriétaires de chevaux de courses, qui se voyaient dans l’impossibilité de gagner un prix important, et les dangers que courait Eclipse devinrent de plus en plus menaçants, malgré toutes les précautions qu’il était possible de prendre. Le 4 octobre 1770, Eclipse courut pour la dernière fois, et gagna le prix du Roi. Lord Grosvenor offrit 300 000 fr. d’Eclipse au capitaine O’Kelly. Celui-ci refusa.
Cependant, craignant qu’à la fin on ne mit à exécution les menaces que l’on proférait depuis si longtemps contre son cheval, le capitaine O’Kelly renonça aux courses, et livra Eclipse à la reproduction. Il commença cette nouvelle carrière en 1771. Elle fut aussi glorieuse que la première, le prix de la saillie fut fixé à 70 liv. sterling. On a calculé que sa descendance avait gagné 304 prix sur les différents hippodromes d’Angleterre. Enfin, en 1789 Eclipse tomba malade à Epsom, et fut transporté à la résidence de Wintchurch, appartenant au capitaine O’Kelly, dans le comté de Hertford, où il mourut à l’âge de 26 ans. »
Dictionnaire du sport français, de Ned Pearson, O. Lorenz, 1872, Paris.
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