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Lexique › Mary, Pierre-Edouard
La définition hippique du jour

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Mary, Pierre-Edouard
Pierre Edouard Mary est né le 26 octobre 1986
Maître d’apprentissage : Jean-Michel Bazire
Il remporte sa première  victoire avec Gaston Chaléonnais, le 20 octobre 2003 à Enghien.

Article de Ch. Donner, paru dans le Journal du Trot (19/01/2009) :

S’il y avait de l’émotion autour du vainqueur, il y en avait aussi du côté du troisième, Pierre-Edouard Mary qui montait Oyonnax. Le cheval entrainé par Vincent Brazon était loin d’être un favori. Mais sur le poteau d’arrivée, le seul à lever le bras en signe de victoire, c’était lui. Et c’est sous les hourras d’un véritable club de supportrices que le jeune homme est entré sur le gravier. C’est que pour le petit-fils de celui qui a remporté huit fois l’épreuve, cette place avait un sens particulier. Comme une affaire de famille à laquelle il s’agissait de se montrer à la hauteur. De retour au vestiaire, le jeune professionnel a bien voulu nous raconter par le détail ce qui restera pour lui une des plus belles journées de sa vie.


Mary, Pierre-Edouard - Pierre-Edouard Mary à Vincennes en 2009Mary, Pierre-Edouard - Pierre-Edouard Mary à Vincennes en 2009
Pierre-Edouard Mary à Vincennes en 2009
www.scoopdyga.com


Star au Sénégal

— Comment la journée a-t-elle commencé pour vous ?
— J’avais de la pression quand je me suis réveillé. (Le téléphone sonne, il répond, rien au bout du fil ) Hop, elle a raccroché, c’était ma maman. Elle appelle du Sénégal. Elle habite là-bas. Elle a ouvert un PMU.
— Ils ont dû vous jouer, là-bas.
— En plus ils sont amoureux de moi. Je suis une idole, pour eux. Presque. J’y suis allé juste avant le meeting.
— Donc, ce matin ?
— Je me suis levé vers sept heures. Tendu, très tendu. Je me suis mis au boulot. (NdR : Pierre-Edouard travaille chez Franck Leblanc, à Grosbois). J’ai commencé pas faire les boxes.
— Ça passe les nerfs de faire les boxes ?
— Pas du tout, au contraire, c’est un travail tellement mécanique qu’on a le temps de penser. On est avec un cheval, tous les deux seuls, on gamberge. Je n’ai pas arrêté de penser à la course de l’après-midi.
— Et qu’est-ce que vous pensiez ?
— J’ai pensé que c’était bien d’en être arrivé là. J’étais ravi. Ça me plaisait. (Nouveau coup de fil :) Allo ! Ah, ma petite maman… C’est beau, hein !... On est troisième. Je suis passé troisième !... J’ai pensé à toi, dans ma tête, après… Merci, merci beaucoup à tous.

La Marseillaise retentit à l’extérieur pour saluer la victoire de Malakite et de sa jeune jockette Céline Leclercq. Pierre Edouard explique à sa mère qu’un jour ça sera pour lui, la prochaine fois. Et du coup, il veut sortir pour aller voir en direct ce moment.

— A tout à l’heure ma petite maman. Excuse-moi…

Nous traversons les vestiaires, il est félicité par les uns et les autres. Pierre-Edouard essaie de répondre le plus modestement possible :

— J’ai essayé de faire mon métier au mieux.

Il retourne au chaud et tombe sur son oncle, Jean-Philippe Mary en train de regarder la rediffusion de la course sur l’écran. Pierre Edouard s’assied à côté de lui. On a cette belle image des deux Mary regardant un Cornulier remporté huit fois par l’ancêtre disparu. Pierre-Edouard commente le faux départ. Il parle de  Malakite, de Céline :)
— Après la course, elle pleurait, elle m’a dit : « J’aurais gagné si je ne vire pas en dehors. »

De retour aux  vestiaires, Pierre Edouard continue de recevoir les appels tout en essayant de se changer d’une main, l’autre étant prise pour répondre au téléphone :

— C’était mes grands-parents : ma grand-mère a une pile au cœur, il faut qu’elle fasse attention !

La pression, pas plus que ça. Nous revenons à nos affaires : le déroulement de la journée :

— Après le casse-croute du matin, j’ai pris une petite jument que j’aime beaucoup : Olita de Kefrauso (Full Acount) avec qui je m’entends très bien. C’est avec moi qu’elle marche le mieux, donc je la monte tout le temps, et là, elle a travaillé à merveille. J’étais tellement ravi de son travail que j’en ai oublié le Cornulier. Mais c’est là qu’un pote m’a appelé pour me demander comment je me sentais. Du coup ça m’a remis la pression. Mais pas plus que ça. On a fini le boulot, je suis arrivé à Vincennes vers 13 heures. Vincent Brazon a sorti Oyonnax à 13H 30, à l’attelé. Il gazait, comme souvent. Après, avec moi, il ne m’a pas emballé plus que ça, au heat d’avant la course.
— Et avant, dans le box, comment c’était ?
— Génial, je n’étais pas tendu. Un petit peu en descendant au box.
— Que vous a dit l’entraîneur ?
— La même chose que le propriétaire, M. Arhes : « Il ne faut pas le tuer, le cheval a d’autres courses à gagner. On se fait plaisir. » Ils n’ont mis aucune pression. On s’est tous dit « On est là pour se faire plaisir. C’est une récompense de la belle année du cheval ». C’est comme ça qu’on a pris la chose.
— Techniquement, Vincent Brazon vous a donné des ordres, des conseils ?
— Faire attention en partant. Ne pas l’empêcher d’aller. Le cheval avait des bouchons dans les oreilles. Je les ai retirés à l’intersection des pistes.
— Vous avez eu peur au faux départ ?
— J’étais mieux au premier départ qu’au second, mais j’étais quand même bien au second, presqu’à la même place. Je ne me suis pas pressé pour venir en tête.
— Qu’est-ce qu’on ressent quand le départ est bien pris, qu’on va prendre la tête ?
— Ça devient une course normale. Rien de particulier. Je fais attention. C’est en passant devant les tribunes, quand on entend le public, ça crie, ça siffle, là, ça fait quelque chose. Mais je me sentais très bien, décontracté, j’écoutais ça en restant concentré.
— Au défilé, on vous a vu faire des petits signes de la main en passant devant les tribunes.
— J’étais heureux d’être là. C’est le but, non, pour un jockey ? C’est ce qui nous fait courir.
— La descente ?
— Je suis allé à ma main.

J’étais obligé d’y croire
Un copain arrive, félicitation, claque dans les mains, sur l’épaule, il demande s’il aurait pu faire mieux, avoir un meilleur parcours :

— On peut toujours rêver mieux, mais là, j’ai pris toutes les bonnes places. Les bons dos. Il y avait le vent en montant. Je ne voulais pas aller devant. Je ne voulais pas prendre le vent en montant, j’aurais pris trop dur. Qui était en troisième épaisseur en montant, qui a pris le vent ?
— Prince Gédé.
— Ben, c’est un drôle de cheval. Moi, j’étais caché derrière Magnificent Rodney, il m’ouvre la corde en allant attaquer les autres à l’extérieur dans le tournant. Nouba Turgot est en dedans de la piste, j’ai pu la doubler, rien à dire, j’ai cru à la victoire à l’entrée de la ligne droite. C’était peut-être osé, mais tout le monde y a cru, tous les supporters qui étaient là, ils y ont tous cru, et moi aussi. Là où j’étais placé, j’étais obligé d’y croire.
— Revenons à la descente.
— En bas de la descente, il y a de la place qui se fait à la corde, Nathalie Henry a reculé, il y avait de la place derrière Magnificent, je me suis dit « C’est la bonne roue », Tout le monde aurait cherché à avoir cette place derrière le favori, j’ai été un tout petit peu serré, mais je n’ai pas hésité beaucoup, j’ai pris la place. Jusqu’au poteau du kilomètre, j’ai du gaz. Il tirait un petit peu. Après on a accéléré, et là j’avais moins de gaz mais je suivais facilement. J’ai commandé un tout petit peu. A l’intersection des pistes j’ai débouché les oreilles. Ça lui a fait du bien.

Tu as monté aux boutons !
Arrive Jean-François Mary, le père de Pierre Edouard :
— Tu pouvais pas mieux faire !
Ils refont la course tous les deux, le père ne tarit pas d’éloge sur son fils, sur sa façon de monter :
— Tu as monté aux boutons… A l’entrée de la ligne droite, avec l’effet d’optique, je me suis  Mais nom de Dieu, il va venir le faire. Et je tapais avec la main, comme ça…
— Ils m’ont presque fait pleurer, quand je suis rentré aux balances, tellement ils m’applaudissaient. J’ai fait des grands coucous à tout le monde. A Babeth (Elisabeth Allaire, la femme de Jean-François Mary) Elle t’a dit ?
— Non.
— Je l’ai saluée là-haut.
— J’étais fier. C’est bien. Tu aurais gagné, ça aurait été exceptionnel, mais bon, là, c’est… je suis fier de toi.
— J’ai pensé à toi.
— Hein ?
 — J’ai pensé à tes parents. J’étais très content.
— Ah oui ?... Non, non, c’est bien, j’étais très très content.

Les larmes arrivent d’abord du côté du père, et ensuite du côté du fils. On essuie tout très vite. On s’embrasse, on se donne des claques sonores pour chasser l’excès d’émotion. On se reprend. Jean-François Mary retourne au travail : il doit commenter les autres courses sur Equidia. Nouveau coup de fil de la maman de Pierre-Edouard. On refait encore une fois la course.

— Au passage du poteau, qu’est-ce que vous avez ressenti ?
— J’ai pensé à plein de copains. Et puis toute ma famille. Tous les gens qui me supportaient. Et j’ai levé le bras. Je me suis dit « Quatrième, j’ai le droit. » Et j’ai levé le bras.



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