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Nouba du Saptel
Paul Geslin ou l'art d'écouter sa femme Article de Ch. Donner paru dans le Journal du Trot (22/01/2009)
Ce jour-là, dans le Prix de Belgique couru il y a une quinzaine de jours, Nouba du Saptel (Canada) avait bien couru, finissant bonne troisième, après avoir montrer le chemin au vainqueur, et alors qu’elle n’était pas déferrée et n’avait pas travaillé comme son entraîneur l’aurait voulu. L’ambiance était donc plutôt bonne dans l’entourage de Nouba du Saptel. Assez joyeuse, autour du patriarche, pour que celui-ci offre le champagne aux quelques amis et à un couple de fans venus soutenir la jument.
La déclaration ne manque pas de panache et de fierté, toute entière emmaillotée dans une un camion d’humour : « La prochaine fois, elle sera déferrée, et là, ça sera autre chose. Ça va leur faire drôle. Elle va tous les battre. » (rires) La prochaine fois en question, ce sera le deuxième Prix d’Amérique pour la fille Canada et France Douce (Florestan).
Nouba du Saptel le 21/11/2009 à Vincennes - Prix de Bretagne www.scoopdyga.com
JDT – Comment Nouba du Saptel s’est-elle retrouvée chez vous ?
- Une longue histoire. Vous avez le temps ?
- Le temps et la place qu’il faut.
- J’avais une jument, Kippa du Morin (Off Gy) que je voulais donner à mon fils à entraîner, mais Pascal a refusé de la voir, il ne voulait pas avoir plus de dix chevaux dans son écurie. Il aime prendre le temps de vivre, les bons restaurants, les amis, tout ça. Et donc, il ne voulait pas la prendre. Je l’ai mise chez un autre entraîneur, je ne dirai pas son nom, après l’avoir essayée, il m’a dit : « C’est une chienne, il faut la laisser partir. » Bon, je ne l’avais pas payée cher, c’était une fille de Domina (Sébrazac). Quand même, avant de m’en débarrasser, j’ai voulu que Pascal la regarde. J’ai ramené la jument, et je l’ai mise dans un box, comme ça, à l’écart des autres, et je l’ai laissée là, sans en parler à personne. Si j’avais demandé à Pascal d’aller la voir, il n’y serait jamais allé. Tandis que là, au bout de trois jours, il voit une jument qu’il ne connaissait pas, alors il la sort, il l’attelle, il l’essaie sur la piste, et il vient me trouver en disant : « Qu’est-ce que c’est que cette jument ? – C’est celle que tu ne voulais pas voir, je lui dis. – Mais là, c’est pas pareil, c’est une crack. » Il la qualifie en 1’18’’, à deux ans, et facile. C’était une très bonne jument. On la débute à Vincennes, gentiment, on la court deux ou trois fois, elle monte en puissance, elle gagne à Nantes, et la course d’après, à Machecoul, elle a cent mètres d’avance à la sortie du tournant, en tirant dessus, elle était au petit trot et soudain, à mi-ligne droite, paf, la patte a cassé d’un coup. Fracture spontanée. Ça arrive. La jument a été sauvée (voir l’encadré « Les lendemains de Kippa du Morin »). Dans la même course, on avait un autre cheval, qui finissait deuxième : Kid Speed. Il est étalon aujourd’hui.
- Et Nouba du Saptel ?
- J’y viens. Peu de temps après, il y avait des ventes à Caen. Je regarde, et je vois qu’il y avait sa cousine. J’ai dit à Marie (son épouse, ndlr) : « Tiens, il ne faut jamais rester sur un échec, je vais aller l’acheter. » Et donc, je vais aux ventes, et ça c’est vrai : sans ma femme, je ne l’achète pas. Je vois la petite pouliche, une fille de Canada (Bellouet), sortir du box, elle avait six mois, je ne dis rien, mais la mère, elle était tellement vilaine, elle avait une tête comme ça, et hanchue, si bien que je dis à ma femme : « Je n’achète pas la pouliche. » Marie a insisté : « Tu es venu pour l’acheter, tu l’achètes. » Alors je l’ai achetée pour deux mille euros, tellement la mère était vilaine. Mais la fille n’a pas ressemblée à sa mère, contrairement au vieille adage : « Quand on voit la mère, on voit la fille. » La mère était très bien née, pourtant. C’était une Florestan, mais hanchue, et une vilaine tête. Il faut bien dire, que la pouliche n’est pas une peinture, c’est une jument dégingandée, il y a des plus jolies juments qu’elle. Mais c’est Nouba du Saptel ! Elle est belle en action, cela dit. Là, elle manque encore de condition. Elle a été arrêtée longtemps. Mais bon, on va juste gagner le Prix d’Amérique, ça suffira. (rires) On fera le défilé, si on ne fait pas l’arrivée.
- Et après, l’avoir achetée, comment ça s’est passé ?
- On a découvert très vite qu’elle était tarée, complètement tarée. Pascal a fait un énorme travail dessus. On savait qu’elle était bonne, mais elle a failli être poulinière très tôt. Elle ne savait pas faire dix mètres sans commettre une faute. Elle est restée un peu barjot. Dès qu’on lui enlève son amie dans le pré...
- Son amie ?
Rose d’Urzy (Jasmin de Flore). Quand elle n’a pas Rose d’Urzy, elle fait un coup de sang. Elle se contracte avant le travail, elle est bloquée, elle ne peut plus avancer.
- Il faut l’amener aux courses, cette Rose d’Urzy.
- Quand elle monte dans le camion, ça va, elle se détend. L’année dernière, elle faisait une myosite tous les deux jours.
A la naissance de Nouba
Remimi (Fleuronné), la grand-mère maternelle de Nouba du Saptel a produit France Douce (Florestan) et Domina 1’18’’9 (Sébrazac). Domina a notamment produit Kippa du Morin (Off Gy), tandis que France Douce (Florestan) a produit Nouba du Saptel (Canada).
Les lendemains de Kippa du Morin
Après son grave accident, Kippa du Morin a été arrêtée plusieurs mois. Elle a repris la compétition, « mais elle n’était plus la même, raconte Paul Geslin, elle ne faisait que des fautes, on l’a arrêtée. Elle est devenue poulinière. »
Le deuxième produit de Kippa du Morin s’appelle Riad d’Ostal (Ténor de Baune), un hongre qui a gagné le 5 janvier à Nantes, le Prix Ozo (13.000 €) en 1’18’’1. Elle a ensuite donné naissance à deux mâles : Seigneur Dala (Insert Gédé) et Thème d’Ostal (Kid Speed).
Ci-dessous, interview de Pascal Geslin le 21 novembre 2009