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Ready Cash Trotteur mâle, né en 2005, par Indy de Vive et Kidea, appartenant à MM Allaire et Tébirent. Entraîné par Philippe Allaire. Lauréat en 2008 du Critérium des Jeunes, du Prix Albert Viel, et du Critérium des 3 ans.
Article paru dans le Journal du Trot le 26 janvier 2009
Ready Cash était dans son box, brillant comme un Georges Stubb en plein soleil. D’où venait la lumière ? Mystère. De son poil, probablement. Et plus il paraissait beau, plus son entraineur se montrait prudent. Il ne l’a jamais fait. J’aimerais bien qu’il vienne à la fin. Trop tard. Je veux lui apprendre à perdre.
Dans son box, le fils d’Indy de Vive remue, comme s’il éclatait de rire en entendant ça : «M’apprendre à perdre » ?
Il a l’air calme. Vous sentez que la foule le dérange ?
Au contraire. Il a l’air d’aimer ça. Surtout les pompom girls. Quand je l’ai sorti tout à l’heure, il s’est arrêté devant elles, il a tourné la tête pour les regarder.
On le sort du box pour l’atteler. Le calme le dispute à l’aisance. Il est’beau, il est parfait. Philippe Allaire monte au sulky. Ils traversent les écuries de l’hippodrome sous les regards. Il est la seconde vedette du Prix d’Amérique 2009. Celui qui a déjà la prochaine édition en tête, qui est venu pour repérer les lieux. Il aurait même pu courir cette année. Mais non. Il y
a des plaisirs qu’il serait criminel de dévorer. Des rêves qu’on n’a pas le droit d’interrompre. Tout est bien comme ça. Le Prix de France ? Courrons déjà celle-là, le Prix Charles Tiercelin. Il faut rendre vingt-cinq mètres. C’est difficile, aujourd’hui de rendre vingt-cinq mètres. Mais ne le dites pas trop fort, il risquerait de l’entendre et d’éclater de rire, encore une
fois.
Le cheval arrive sur la piste, tourne à gauche pour passer devant les tribunes. Des tribunes combles et bruyantes, la musique à fond, le commentateur à fond, lui aussi. Et les cuivres de la garde républicaine qui brillent. Ready Cash se dirige au petit trot vers le premier tournant. Certains l’ont reconnu dans la foule. Le cheval tourne la tête à droite, à gauche. Philippe
Allaire essaie-t-il quelque chose ? Y aurait-il un problème dans la bouche du cheval ? Il n’a pas l’air de tirer, pourtant. Mais quelque chose le gêne. Il fait une foulée de galop. Son driver lui parle. On aimerait bien pouvoir décrypter la conversation qu’ils sont en train d’avoir, tous les
deux. Ready Cash repasse devant les écuries. Il a fait un tour de piste. Son driver n’a pas l’air soucieux le moins du monde. Ils vont encore faire un tour de piste. Les tentes blanches dressées au milieu de la piste nous empêchent de le voir dans le tournant, et soudain, il surgit. Son driver l’a lâché. Il prend la montée à l’envers, ce qui revient à descendre, mais à cette vitesse-là, on dirait plutôt qu’il glisse. Qu’il fuse. On aime regarder les heats. Dans la solitude, l’animal déploie sa vitesse la plus pure. Comme si, hors compétition, il exprimait sa classe de la manière la plus simple, sans morgue, sans hargne. Il ne faut pas rater ce moment-là quand on va aux courses. Si certains avaient besoin d’être rassuré, c’est fait. De retour devant le box de son champion, Philippe Allaire est de plus en plus inquiet : après le heat, il semblerait que les possibilités de perdre se soient dangereusement réduites.
Le Prix d’Amérique 2009 se court. Dans l’entourage de Ready Cash, on regarde la course comme un beau chou à la crème dans une vitrine. On n’y a pas droit tout de suite. Il faut faire la queue. Chacun son tour. Et c’est délicieux aussi, cette attente. C’est savoureux d’avoir un cheval comme Ready Cash, même si ça fait peur. Mais si on n’aime pas avoir peur, on ne
fait pas ces métiers-là, entraîneur, propriétaire, des boulots de trac.
Meaulnes du Corta triomphe. Bravo. A la prochaine. Encore une course, et c’est au tour du crack au 15 victoires d’entrer en scène.
Le premier kilomètre se passe comme prévu, Bernard Piton monte aux ordres. Il a rendu son handicap et se contente de suivre à l’arrière du peloton. Il est encore loin de la tête quand il passe devant les écuries. D’autant plus loin que Ravanella s’est échappée.
Pas d’affolement. A la sortie de la plaine, on lance les attaques. Quelle chance, murmure-t-on parmi les supporters de Ready Cash, car Bernard Piton va en profiter pour se placer derrière un de ces attaquants et se faire tirer toute la montéeS C’est ce qu’on se dit. Mais ce n’est pas ce qui va se passer. Car une fois le bolide lancé, qui n’oserait prendre le risque de le contrarier, de le reprendre ? Bernard Piton ne prend pas ce risque. En quelques secondes, Ready Cash remonte, et dépasse le peloton qui ne ressemble plus à rien.
Dans le tournant, on a le temps de se demander si l’effort n’a pas été trop violent. A-t-il bien fait de ne pas respecter les ordres qui lui disaient d’attendre la ligne droite. Ne faire que la ligne droite. Au lieu de ça, le voilà en tête, comme d’habitude. Les autres ne vont-ils pas revenir
l’attaquer ?
Il se passe alors quelque chose qu’on voit rarement à Vincennes : à l’endroit où, généralement, les chevaux qui ont fourni un gros effort dans le parcours, montrent des signes de fatigue et sont aussitôt sollicités, rappelés à l’ordre par leur driver, là, au début de la ligne droite, Bernard
Piton reprend son cheval. Et tout en étant repris par son driver, Ready Cash se détache une nouvelle fois des autres. C’est le monde à l’envers. Et à vingt mètres du poteau d’arrivée, Bernard Piton croit bon de réveiller son cheval, pour battre un record ? Certainement pas. Pour l’empêcher de se raccourcir. Encore moins. Pour préparer l’avenir. Le compte à rebours est commencé, dira Philippe Allaire à l’arrivée. J’aurais préféré qu’il ne fasse que la ligne droite. Mais bon, c’est comme ça, c’est un crack.
Il ne courra probablement pas le Prix de France. A quoi bon. Il y a beaucoup d’autres gâteaux dans la vitrine. Pourquoi se priver de les savourer un à un, en temps et en heure ? C’est une forme de sagesse, et de modestie, aussi, de la part de l’entourage. Avec un cheval comme celui-là, Il en faut beaucoup pour ne pas se croire au sommet du monde.
Victoire de Ready Cash dans le Prix Jean le Gonidec à Vincennes le 11 février 2010