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Lexique › Vilault, Thierry |
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Vilault, Thierry Eleveur, entraîneur.
Article de Ch. Donner, paru dans le Journal du Trot (22/01/2009) :
Thierry Vilault ou l’art de raconter son rêve.
« Offshore Dream (Rêve d’Udon) l’avait emporté somme toute facilement en 2007, plus difficilement en 2008, et cette année, l’exploit paraît encore plus compliqué, mais Thierry Vilault sera présent à Vincennes dimanche pour voir courir son champion. Marchand de primeurs à Ifs (près de Caen), le propriétaire le plus discret du trot français revient sur son parcours d’éleveur propriétaire, sur les raisons de cette discrétion en passe de devenir légendaire, et sur l’avenir du haras de l’écurie Rougemont à Saint-Pair du Mont, près de Cambremer, Calvados. |
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Le quarté dans l’ordre
JDT – Comment cette grande aventure hippique a-t-elle commencé ?
Thierry Vilault – C’était il y a plus de vingt ans… ça va faire vingt-trois ans exactement. Moi qui ne suis pas joueur, j’ai fait un quarté, et j’ai gagné. Ça représentait l’équivalent de 10 000 €.
Vous vous souvenez de quel quarté il s’agissait ?
Ni du nom de chevaux, ni des numéros. Mais je me suis dit « Tiens, j’ai gagné de l’argent aux courses, je vais acheter une jument ». Elle s’appelait Nephte, une origine Ballière, et comme mes parents étaient exploitants agricoles à Ifs, à côté de Caen, ils avaient des herbages, je l’ai mise là. Elle m’a donné Express Road (voir encadré). Mais la chance c’est qu’il y a eu Blue Dream (Pershing) que nous avions avec Elisabeth Allaire et Mathias Moncorgé et qui a fait la carrière que vous savez
A partir de là, j’ai acheté une deuxième jument, une troisième, et quelques chevaux de série qui ont bien marché. Et comme ça commençait à grandir j’ai loué le haras d’Angerville, j’y suis resté quelques années, mais le propriétaire a vendu, il a fallu que je déménage encore. J’ai trouvé un établissement qui appartenait au frère de Richard Lederman, qui avait un cheval connu à l’époque, Shalom, entrainé par Jean-Claude Hallais. C’est là où je suis actuellement.
C’est une grande propriété ?
C’était une ferme. J’ai monté un petit centre d’entraînement. J’ai scindé eu deux : une partie élevage, sur une quarantaine d’hectares et la partie entrainement sur quinze hectares. Les deux parties sont séparées par un petit chemin communal, ce qui fait qu’on est à cheval sur les deux communes.
Offshore Dream est né là ?
Oui. Il a été façonné à la maison. J’avais acheté la mère, Enfilade, avec Elisabeth Allaire.
Une vente de rêve
Comment ça s’était passé, avec Enfilade ?
C’est Philippe Allaire qui l’avait achetée. Pour le compte de Mathias Moncorgé et Elisabeth Allaire. On était aux ventes, à Deauville, on voulait acheter des chevaux ensemble, on en a acheté trois, et dans les trois il y avait Enfilade.
Qu’est-ce qui vous a plu, chez elle ?
Elle avait un super papier. Mais je vais vous dire honnêtement, c’est Philippe qui l’a repérée et qui nous a dit : « Il faut l’acheter ». Il avait l’argent et nous on avait la signature.
Vous aviez de la concurrence ?
Rainer Engelke était dessus. On l’a su après. Il était avec M. Dubois. Philippe a bataillé un moment, et puis il est venu vers nous en poussant un grand soupir : « Ouf, on l’a eue ! ». 420 000 francs.
C’était le top price de la vente ?
Sans doute, je ne me souviens plus exactement, car Rainer Engelke s’est rabattu, façon de parler, sur Etta Extra (la mère de Mara Bourbon, Qualita Bourbon, etc). Elle a fait un bon chiffre aussi, peut-être el top price, mais de toute façon, quelle vente, si on regarde : deux poulinières exceptionnelles. Ensuite Enfilade est donc partie chez Philippe Allaire à l’entraînement. Elle a couru tôt, et malheureusement elle a eu un problème respiratoire. Philippe a dit qu’il valait mieux l’orienter vers une carrière de poulinière. On l’avait donc en association avec Elisabeth et Mathias et puis, la première année on l’a mise à Blue Dream, ça a fait Imuvrini (1’16’’) après il y a eu d’autres poulains. Et quand Mathias a décidé d’arrêter le haras de l’Orne, il a passé la jument aux ventes, et moi j’ai racheté sa moitié pour la posséder en entier. Je l’ai achetée deux fois, en fait.
Elle était pleine, à ce moment-là ?
Oui, elle était pleine de Dahir de Prélong. Ça a donné une femelle qui n’a pas fait carrière. Mais je l’ai toujours. J’ai conservé toute la lignée, les quatre sœurs d’Offshore Dream sont chez moi. Ensuite j’ai mis Enfilade à Rêve d’Udon, et ça a donné Offshore. Il a débuté avec Jean-Philippe Borodajko, l’entraîneur que j’avais à l’époque. Quand Jean-Philippe Borodajko a décidé de se mettre à son compte, me retrouvant sans entraineur, j’ai demandé à Pierre Levesque s’il était intéressé de prendre Offshore Dream à l’entraînement chez lui.
Le rêve tombe boiteux
Comment ça s’est passé avec Pierre Levesque ?
Je connaissais bien Claude Guégan de Gènes diffusion, qui a une station d’étalon pas loin de la maison, c’est lui qui a servi d’intermédiaire entre Pierre Levesque et moi. Mais au départ, Pierre Levesque n’était pas intéressé, il ne voulait pas prendre de chevaux, il en avait suffisamment. Claude Guégan lui a dit « —C’est dommage, c’est un cheval qui trotte. — Et comment il s’appelle, ce cheval ?, a demandé Pierre Levesque. — Il s’appelle Offshore Dream.—Hop hop hop ! Celui-là, je le prends. Je ne peux pas le laisser passer.» (rires) Il est parti chez Pierre Levesque, qui m’appelle au bout de quelques jours et me dit : « Le cheval, ça ne va pas : il est boiteux. On va faire des recherches pour voir. Le mieux, c’est que vous le récupériez et faire les soins, et attendre. » On a décidé de lui faire faire la monte au haras de Gènes Diffusion. Mais comme ça s’est décidé très vite, fin février, il n’a donc pas sailli beaucoup de juments. 56, je crois.
Quel était son problème ? Comment avez-vous réussi à le guérir ?
Ce n’était pas un incident dramatique. Il fallait trouver ce qu’il avait, c’est tout. C’était un problème de pied. Tout le travail qui a été fait dessus, le mérite en revient à Pierre Levesque et au vétérinaire, le docteur Stihl. Ils ont été très patients, et moi aussi. Le cheval est resté quelques jours au box, ensuite ils l’ont promené, gentiment, mais il ne sortait pas de son petit paddock. Sauf pour faire la monte. Et puis il a fini par retrouver son meilleur niveau, vers la fin de l’été. Je ne me suis pas mêler de ce qu’il fallait faire ou pas faire. Chacun son métier. D’ailleurs, avec tous mes chevaux, Pierre a carte blanche. Je lui dis toujours : « Traite-le comme si c’était le tien… Sauf pour le compte en banque. » Je veux dire par là qu’il gère la carrière du cheval comme il l’entend. Je ne lui mets jamais de pression. Là, si tout va bien, il court dimanche, je ne l’ai pas appelé une seule fois.
Une vie, deux vies, plusieurs vies
Qu’est-ce que vous faisiez avant d’être éleveur ?
Je vendais des fruits et légumes et je continue de le faire.
Vous avez une entreprise ?
Non. Je suis tout seul. Je fais les marchés. Mais principalement l’été. L’hiver, je n’en fais qu’un parce que je suis au haras. Mon boulot au haras, c’est tout ce qui concerne l’infrastructure, ça peut être la plomberie, ça peut être réparer les clôtures, herser les herbages. Ça, c’est mon truc. Et pour emmener les juments à la saillie, tout ça, c’est moi qui m’en occupe. Je suis plutôt côté élevage qu’entraînement.
Combien de personnes travaillent au haras ?
En tout, pour l’élevage, nous sommes cinq. Entre 18 et 20 poulinières. Pour 57 hectares, mais 48 d’utiles, les 9 restants, c’est pour la chasse, le taillis, ce sont des terrains très pentus, inaccessibles pour les animaux. Mais j’habite à une vingtaine de kilomètres du haras.
L’intégration au milieu
Pourquoi vous voit-on si peu à Vincennes ?
A l’époque de Blue Dream, j’allais aux courses, mais je restais à l’écart. Les gens ne savaient pas qui j’étais. La première fois que j’ai vu courir Offshore Dream, c’était en janvier 2007, le jour où il gagne le Prix d’Amérique. Je ne vais pas aux courses. J’y allais avant, quand je n’étais pas impliqué. Mais là, non, ça me gêne un peu. Vous savez, à partir du moment où vous entrez dans « la cour des grands », quand on n’est pas du milieu, on n’est pas trop bien perçu par certaines personnes. On se sent un peu comme des étrangers. On nous fait des petits sourires, mais ça s’arrête là.
Vous ne vous sentez pas intégré ?
Aujourd’hui, si, ça va bien, je connais deux ou trois entraineurs avec qui je m’entends bien. Mais je sens qu’on est un peu regardé de travers par les grandes écuries. Ça n’est pas forcément bien vu qu’une petite écurie gagne le Prix d’Amérique. Il est vrai que quand on voit qu’il y a 15 000 poulinières, 10 000 naissances, il y en a 3 000 de qualifiés, la place de premier est cher. Il faut y croire. Si on n’a pas la passion, c’est pas la peine. La passion, je l’ai, mais je ne suis pas quelqu’un qui va aller s’extérioriser aux courses.
Vous regardez les courses sur Equidia ?
Ah oui ! Je lis les journaux. A l’époque je regardais le minitel pour les engagements, maintenant, c’est le Net. Je m’informe beaucoup.
Et sur les hippodromes de province, vous y allez plus volontiers ?
Le problème c’est qu’à cette époque-là de l’année, entre mai et septembre, je fais les marchés et je n’ai pas le temps d’aller aux courses. Je ne vais pas aux courses, en fait. Je suis allé deux fois à Vincennes cette année, pour le Prix d’Amérique et pour le Prix de France.
Vous irez cette année ?
Je suis obligé, maintenant. Mes filles sont contentes d’aller aux courses. Elles ont découvert les courses à l’occasion du Prix d’Amérique 2007, c’était la première fois. Et moi, c’était la première fois que je le voyais courir.
Qu’est-ce qu’un éleveur comme vous, déjà été comblé, attend encore de l’élevage ?
On dit toujours « le cheval d’une vie ». Offshore serait le cheval de ma vie. Et moi, j’aimerais bien avoir plusieurs vies. Mais je suis réaliste : c’est extraordinaire ce qui m’arrive. Déjà avoir un cheval qui court le Prix d’Amérique, c’est une chance inouïe. Le gagner… Alors on peut dire : « C’était la surprise, il a eu un coup de chance », mais le cheval réédite l’année suivante.
Et il sera favori dimanche.
Oui, mais cette année, c’est assez ouvert. Des chevaux comme Meaulnes du Corta. Le cheval de M. Dubois, Qualita Bourbon. Mais pour Offshore Dream, je le dis toujours, tout le mérite revient à l’entraîneur et à son équipe. C’est tellement difficile, tellement aléatoire. Moi, j’ai eu le couperet pendant quelques années, on ne gagnait pas de courses, et j’avais des traites à payer… car quoiqu’on en dise, le nerf de la guerre, c’est quand même l’argent. Il nous faut des rentrées pour pouvoir payer les gars, le matériel et le reste. Certains disent que je parle trop d’argent, comme si je ne me rendais pas compte que j’avais gagné le Prix d’Amérique. On me reproche de ne pas être plus euphorique. Je devrais faire la fête, ou je ne sais quoi. Mais moi je suis toujours soucieux de l’avenir : est-ce que demain on ne va pas être avalé ?
L’exemple de Revenue
Comment choisissez-vous vos croisements ?
Je regarde beaucoup les courants de sang, et j’essaie de copier les croisements qui marchent bien. Je n’invente rien. Offshore Dream, c’était l’époque de Revenue (Rêve d’Udon), qui venait de gagner le Prix de l’Ile de France. J’ai pris Rêve d’Udon, un pur français, pour voir. Et ça a marché. On a eu de la chance. Il y a tellement de déchet…
Quels sont vos espoirs, aujourd’hui ?
J’attends de voir les premiers Offshore. J’en ai cinq. Mais il faut voir. Dans ce métier, ce sont surtout les entraineurs qui déterminent tout. Quand ils attèlent un poulain et qu’ils disent : « Celui-là, c’est un fumier, celui-là c’est un crack », ça va vite. »
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